Derrière sa façade austère, presque sévère, elle cache l’un des plus somptueux intérieurs baroques d’Europe.

L’actuelle co-cathédrale Saint-Jean fut, durant plus de deux siècles, la principale église conventuelle des Chevaliers l’Ordre de Malte sur leur territoire maltais, jusqu’à l’expulsion de l’Ordre par Bonaparte en 1798.
Histoire de l’église conventuelle des Chevaliers de Malte
Dédiée à saint Jean-Baptiste — ou saint Jean le Baptiste — patron de l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem.
Décidée sous le grand magistère de Pietro del Monte, sa construction débuta en 1573, sous le règne de Jean L’Evesque de La Cassière (qui contribua très largement à son financement — totalement, dit-on même parfois). L’édifice fut achevé cinq ans plus tard.
On l’attribue à l’architecte maltais Girolamo Cassar, qui prit la succession de l’architecte italien Francesco Laparelli (ce dernier avait été envoyé par le pape pour dresser les plans de la cité-forteresse de La Valette, immédiatement après le Grand Siège ottoman de 1565.
L’église a été élevée à la dignité de cathédrale par le pape Pie VII en 1816.
Co-cathédrale, car elle partage ce titre avec la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul située à Mdina (ancienne capitale de Malte).
Contraste saisissant entre extérieur et intérieur
L’église se caractérise par la combinaison de deux styles architecturaux ; un contraste spectaculaire entre son enveloppe extérieure et son décor intérieur.
À l’extérieur, l’édifice a conservé son style maniériste d’origine, d’une grande retenue : style sobre, rigoureux, presque militaire. (Maniérisme : courant artistique adopté en Europe — et particulièrement en Italie — entre 1520 et 1590).
Alors qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles de nombreuses façades de La Valette furent remaniées dans le goût baroque,
ce ne fut pas le cas pour celle de l’église conventuelle des Chevaliers de l’Ordre.


L’intérieur, en revanche, connut une transformation radicale.
D’abord relativement modeste, il fut progressivement enrichi dès le début du XVIIe siècle, puis magnifié dans les années 1660 sous l’impulsion du Grand Maître Rafael Cottoner y de Oleza (1660-1663). Cette œuvre d’embellissement baroque se poursuivit sous le magistère de son frère, Nicolas Cottoner (1663-1680)..
Grâce aux contributions des Grands Maîtres, des Chevaliers et de plusieurs dignitaires étrangers, l’église fut continuellement embellie et devint l’un des plus éclatants exemples de baroque religieux : monuments? monuments funéraires, sculptures, peintures, motifs sculpturaux, dorures, marbres polychromes, mausolées fastueux… Tout concourt à créer une impression de splendeur et de puissance.
Une nef éblouissante d’ors et de marbres, de sculptures…
Dès l’entrée, le regard est happé par la richesse de la nef : un décor d’une densité exceptionnelle.
Les chapelles latérales, elles aussi, rivalisent d’éclat. Chacune témoigne de l’ambition artistique des différentes Langues de l’Ordre.

Vue à 360° ici – Source photo : site internet de la co-cathédrale
Le sol : un immense livre de pierre et de marbre
Qualifié de « plus beau sol du monde », le dallage de la co-cathédrale est l’un de ses éléments les plus remarquables : des plaques tombales incrustées de marbre polychrome, dédiées à d’illustres Chevaliers…
qu constituent une véritable mémoire de l’Ordre : un livre de pierre que l’on parcourt à pas lents.
Les épitaphes, inscrites en latin, s’accompagnent de blasons et de scènes allégoriques évoquant la vie, les vertus ou les exploits du défunt. On y voit : armes, représentations de batailles, squelettes, crânes et divers symboles funèbres.
On y trouve la tombe du peintre Mattia Preti, artiste dont le nom reste indissociable du décor de la co-cathédrale.

artiste dont le nom reste indissociable du décor de la co-cathédrale.
La voûte peinte par Mattia Preti
Au XVIIe siècle, le peintre calabrais Mattia Preti fut appelé d’Italie afin de décorer la voûte.
(cf. mon guide La Valette, p. 32)
Il y représenta la vie de saint Jean-Baptiste en dix-huit épisodes, répartis dans les six travées de la nef.
On lève les yeux, on suit les scènes, et le regard redescend vers l’autel et les chapelles.


Les huit chapelles de Langue
La co-cathédrale compte huit chapelles dites « chapelles de Langue ».
Elles furent voulues par le Grand Maître Jean L’Evesque de La Cassière au moment de la construction de l’église (le lion, élément des armoiries de La Cassière, est d’ailleurs représenté dans la coupole de chacune d’elles).
Chaque chapelle de Langue est dédiée au saint patron de la Langue, et placée sous la responsabilité de celle-ci. Dès le début du XVIIe siècle, chaque groupe entreprit d’embellir sa propre chapelle, dans un esprit d’émulation artistique et symbolique.
Chapelles distribuées à partir du maître-autel, selon l’ancienneté des Langues dans l’Ordre.
Les trois Langues françaises — Provence, France et Auvergne — étant les plus anciennes, leurs chapelles sont les plus proches de l’autel. Viennent ensuite les chapelles d’Italie, d’Aragon, de Castille et d’Allemagne.
Une exception : la chapelle de la Langue anglo-bavaroise, plus récente, placée à gauche du maître-autel (derrière celle de Provence).
Dans les années 1660, les chapelles furent connectées entre elles ; renforçant l’unité de l’ensemble.
Dans chacune des chapelles se trouve au moins un mausolée abritant la dépouille d’un Grand Maître.
Parmi les plus remarquables : les mausolées des frères Rafael et Nicolas Cottoner, (chapelle d’Aragon), ainsi que celui d’Emanuel de Vilhena (chapelle de Castille).
La chapelle Notre-Dame de Philerme – Chapelle du Saint-Sacrement

Vue à 360° ici – Source photo : site internet de la co-cathédral
Reconnaissable à sa balustrade en marbre et à sa grille en argent, cette chapelle était autrefois dédiée à Notre-Dame de Philerme. Cette chapelle occupait une place essentielle dans la dévotion des Chevaliers.
Elle abritait en effet l’icône que l’Ordre avait précieusement conservée depuis Jérusalem jusqu’à Rhodes, au mont Philerimos. (cf. mon guide p. 34)
Les Chevaliers attribuaient à cette icône des pouvoirs miraculeux. Avant de partir au combat, ils venaient prier Notre-Dame de Philerme, afin d’obtenir la victoire.
En 1798, lors de l’expulsion de l’Ordre de Malte, la précieuse icône a été emportée par le Grand Maître d’alors, Ferdinand von Hompesch zu Bolheim.
L’icone d’origine – après être passée par Saint-Pétersbourg, puis avoir été dissimulée dans un monastère pendant la Révolution russe – est aujourd’hui conservée au Musée des Beaux-Arts du Monténégro.
De nos jours, cette chapelle est réservée à l’eucharistie. C’est ici qu’est conservé le Saint-Sacrement.
La crypte des Grands Maîtres
Sous l’église se trouve la crypte où reposent douze des Grands Maîtres ayant gouverné l’Ordre à Malte.
Pour des raisons de conservation, elle n’est généralement pas ouverte aux visiteurs, sauf sur demande préalable.
Elle est visible à partir d’une baie vitrée.
Pour les personnes à mobilité réduite, un écran placé devant l’entrée permettant d’en découvrir un aperçu.

Vue à 360° ici – Source photo : site internet de la co-cathédrale
CLIC ICI pour VISITE VIDEO par Cynthia de Giorgio, conservatrice du musée
En anglais. Cependant, très facile à comprendre.
L’oratoire et le chef-d’œuvre du Caravage
Entrée de l’oratoire (conçue par l’architecte italien Romano Carapecchia)

(conçue par l’architecte italien Romano Carapecchia)
À l’origine, l’oratoire était un lieu de dévotion destiné aux novices.
Il fut créé au début du XVIIe siècle, sous le grand magistère d’Alof de Wignacourt.

Vue à 360° ici – Source photo : site internet de la co-cathédrale
Aujourd’hui, l’oratoire est surtout connu pour abriter l’une des œuvres majeures du Caravage :
La Décollation de saint Jean-Baptiste.

«Le Grand Maître régnant, Alof de Wignacourt cherchait un artiste pour embellir l’église conventuelle et pour réaliser une peinture propice à la méditation des jeunes novices. C’est ainsi que l’Oratoire a accueilli l’un des plus grands tableaux de l’artiste renommé, Le Caravage : La Décollation de Saint-Jean-Baptiste (St-Jean Baptiste, saint patron de l’Ordre » – Extrait du site internet de la co-cathédrale (Caravaggio – en anglais)
Cette œuvre est d’autant plus exceptionnelle qu’elle est la seule œuvre signée par le Caravage
[signature révélée lors de la restauration de l’œuvre (1997-99)].

On y lit : f. Michel. Le « f. » renvoie à frère — ou Fra, titre porté par les Chevaliers.
« Michel » renvoie à Michelangelo, prénom du Caravage.
NOUVEAU – à ne pas manquer : L’AILE CARAVAGE
De nombreux visiteurs manquent l’exposition immersive : L’AILE CARAVAGE
Accès par porte sur la droite après l’entrée dans l’oratoire.
« Cela vous rapprochera de détails numériquement agrandis de la Décapitation de saint Jean-Baptiste et de saint Jérôme, montrant le pinceau de l’artiste, sa modélisation de la figure humaine, ainsi que son utilisation des reflets pour créer l’effet de clair-obscur. » (extrait du site internet de la co-cathédrale).
EXPLORER DAVANTAGE (site internet de la cathédrale)
C’est par ici : EXPLORER
- Pierres tombales et monuments : Pierres tombales et monuments (carte interactive des tombes)
- 2026 – Nouveau musée en cours d’élaboration : Collections de l’ancien musée
- Savoir plus sur le futur musée : The New Museum Project
Visiter la co-cathédrale Saint-Jean – Infos pratiques
Durée de la visite : compter 45 minutes à 1 heure.
Horaires : 9h00 – Dernière entrée : 16h00.
Pas de visite le dimanche et les jours fériés, ni lors de services ecclésiastiques.
Tarifs – comprenant audio-guide – :
Adultes : 15,00 € – Séniors et étudiants : 12,00 € – Enfants moins de 12 ans : gratuit.
Visite du clocher : 5 € – Demander cet accès en achetant votre billet pour la cathédrale.
Conseil de visite : Privilégier une visite le matin à l’ouverture – 9h00-9h30 – ou en milieu d’après-midi, lorsque l’affluence est généralement moindre.
Informations sur site de la co-cathédrale : Informations de VISITE
Ci-dessous, informations au 25 mai 2026


Bonus vidéo
- Aperçu – 8 minutes – Shrine to the Knights of Malta St. John’s Co-Cathedral – Auteur : elniteo
https://youtu.be/ED618W2pEfE?si=tE9kJpVaybe2I74T - Celle-ci est un peu longue (13 min.), mais nombreux détails.
Malta, St. John’s Co-Cathedral (Valletta) In All Its Glory! – Auteur : Haridas Thakur Das
- Cet article est un complément au GUIDE INTERACTIF « BALADES dans LA VALETTE » (pp. 25 à 36)
E-édition/ Edition numérique 2026 à paraître en juin. Infos sur ce guide ici - Les informations de ce blog vous sont transmises gracieusement par Monique Basley,
auteure du guide « BALADES dans LA VALETTE » : des itinéraires choisis et fléchés pour découvrir La Valette à pied très facilement. (1) –
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