1566 – Création de la forteresse de La Valette

Contexte historique de la création de la cité-forteresse de La Valette

La Valette, actuelle capitale de Malte, a été érigée au lendemain du grand siège ottoman de 1565 (début du siège en mai, fin en septembre).

Début septembre, après l’arrivée du Gran Soccorso (flotte de renfort venue de Sicile afin d’aider les Chevaliers), les forces ottomanes refont voile vers Constantinople.

La victoire est pour les Chevaliers. Mais, le monde chrétien d’Europe craint fort la revanche de Soliman Le Magnifique dès l’été suivant… Il fallait alors, de toute urgence, se donner les moyens de tenir un probable siège.

Les plans de Francesco Laparelli, architecte militaire du Pape

La première pierre de la nouvelle ville fut posée le 28 mars 1566.

Un des premiers plans de F. Laparelli Un des premiers plans de F. Laparelli

La création de La Valette vue par Alain Blondy

Une nouvelle capitale (1566-1586) – [in:  Alain Blondy – « Malte 7000 ans d’histoire »(*)]

« Pour lors, toute la Chrétienté était persuadée que les Ottomans n’en resteraient pas là et tenteraient à nouveau de prendre Malte dans le courant de l’été 1566. Il y avait donc urgence à quitter Birgu dont la situation stratégique était si périlleuse. Le pape Pie IV qui s’était fait présenter les projets antérieurs de fondation d’une ville sur la presqu’île de Sciberras, envoya un de ses ingénieurs militaires, Francesco Laparelli, et fournit des subsides.

La première pierre de la nouvelle ville fut posée le 28 mars 1566.

Laparelli décida d’organiser la nouvelle ville sur le plan d’un camp militaire romain. Les voies se coupant à angle droit, furent donc organisées autour d’un axe central conduisant au fort Saint-Elme. Compte-tenu de l’urgence, le terrain ne fut pas aplani et, en raison de la forte déclivité, les rues durent être nanties d’escaliers pour les piétons. Il voulut que le fort Saint-Elme fût la « clef de voûte » des remparts maritimes tandis qu’il barrait la péninsule d’une impressionnante muraille précédée d’un fossé et dominée par deux puissants forts, le Cavalier de Saint-Jean et le Cavalier de Saint-Jacques.

Au début, il n’y voulait que le seul Couvent, mais au fur et à mesure que le danger ottoman se fit de plus en plus hypothétique, il passa du projet de ville forteresse à celui de ville multifonctionnelle, mêlant population civile et chevaliers. Rapidement, le chantier devint une véritable fourmilière. Les subsides vinrent des Princes chrétiens, le Pape autorisa le travail les jours fériés et le vice-roi de Sicile renvoya chez eux tous les Maltais sans charge de famille. A la fin de 1566, huit mille personnes, dont de nombreux prisonniers turcs, s’activaient à ouvrir des carrières de pierre et à monter les fortifications. Huit mois plus tard, le territoire de la nouvelle ville était loti en parcelles à bâtir … » « A la fin de 1568, les murs de fortification étaient achevés, les rues tracées, vingt-six citernes et neuf greniers à blé creusés dans la roche, et la douve sèche était terminée ainsi que les deux Cavaliers. La priorité avait donc été donnée à l’appareil défensif et aux moyens de soutenir un siège que l’on craignait encore. … »

« En 1570, Laparelli quitta Malte pouf se joindre à l’expédition montée par la Sainte Ligue et qui aboutit à la victoire de Lépante. Aussi bien, le nouvel architecte, le Maltais Gerolamo Cassar[3], œuvra-t-il dans un contexte politico-militaire différent. … »

« Au moment de la mort de Cassar, en 1586, tous les principaux bâtiments de l’Ordre étaient construits. A côté de cet aspect monumental et officiel, des maisons ou hôtels particuliers avaient été élevés selon le schéma maltais traditionnel en U ou en L avec une cour intérieure à puits central, souvent plantée d’agrumes.

Ainsi à la fin du XVIe siècle, La Valette était une cité entièrement à l’image de l’Ordre : noble et austère, militaire et religieuse, avec une économie d’ornementation qui traduisait l’attente ferme d’un prochain conflit avec le Turc. »

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Illustration : Le siège de Malte(*), peinture réalisée sous la supervision d’Ignazio Danti.
Cette peinture fait partie des collections de la Galerie des Cartes du Musée du Vatican : Galleria delle carte geografiche (40 panneaux – longueur totale : 120 mètres). Un ensemble réalisé entre 1680-83, à la demande du Pape Grégoire XIII, pour décorer le Vatican. – L’assedio di Malta,  Ignazio Danti – Musées du Vatican.

(*) Extrait du passionnant ouvrage d’Alain Blondy, « Malte 7000 ans d’histoire », éditions Bouchène, 2011, pp.83-85 Alain Blondy : professeur à la Sorbonne (Paris-IV), grand spécialiste du monde méditerranéen.

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