Mont de Piété – Monte di Pietà – La Valette

https://recitsgenealogiques.wordpress.com/2014/10/17/joseph-coen/?fbclid=IwAR1qLFZXVKDFo3qXVKF0HZc6OP7xmy6NMeItsMKIUVmxJI7f8Ftv2abs3Zw

Joseph Coen, le smyrniote

Joseph, ou Giuseppe, ou Yusef ; Antoine, ou Antonio, ou Anthony ; Coen, ou Cohen, ou Koen, ou Kohen. Joseph Coen est originaire de Smyrne (aujourd’hui : Izmir en Turquie). Il vécut à Malte où il débarqua en 1747. Quel âge avait-il alors ? Où croyait-il se rendre quand il quitta Smyrne ? Regretta-t-il d’arriver à Malte ? Avait-il encore des attaches en Turquie ? Y retourna-t-il ?

Or, le 6 juin, Joseph Coen fut pris malgré lui dans des évènements historiques qui le dépassaient largement. Le napolitain Michele Acciard en fit le récit suivant (idem, pp. 45-46) :

 

Le récit est également présent sous la plume de l’abbé René Aubert de Vertot, dans son Histoire des Chevaliers de Malte (1847) :

Un Turc, petit-fils du vizir et pacha de Rhodes, esclave à Malte, conçoit le plan d’une affreuse conjuration. Le jour de Saint-Pierre, dans l’absence d’un bon nombre de bourgeois et de chevaliers, attirés de La Valette à la Cité-Vieille à l’occasion d’une fête, plus de cinq cents esclaves conjurés devaient poignarder le grand-maître, le conseil, les chevaliers qui se trouveraient à La Valette, la garnison, enfin la bourgeoisie. Ils attendaient des secours de la Barbarie. Le massacre allait avoir lieu, si un Arménien et un Juif, nouvellement baptisés, n’eussent découvert le complot, la veille de l’exécution.

Les conspirateurs furent exécutés. Un bénédictin de la congrégation de Saint-Maur écrivait en 1783 que les supplices qu’on fit subir aux coupables tiendraient à l’abri le Gouvernement de Malte de pareils attentats. Le Chevalier Etienne François Turgot convertit au christianisme l’un des condamnés la veille de son exécution par décapitation (il fut le parrain de ce condamné à mort). Le corps d’un condamné fut écartelé par plusieurs galère dans le grand Port. Et les conditions de vie des esclaves (et surtout les non-chrétiens) se dégradèrent grandement (cf. A. Brogini, L’esclavage à Malte à l’époque moderne, §12).

Quant au Pacha de Rhodes, le Roi Très Chrétien, Louis XV intercéda en sa faveur. Mustafa put quitter l’île quelques mois plus tard, sain et sauf.

Joseph Coen, quant à lui, fut récompensé par le Grand Maître de l’Ordre de Saint-Jean, Emmanuel Pinto de Fonseca. Le 14 août 1749, Joseph devint homme libre et reçut en remerciement le Palais du Monte di Pietà, au 46 rue des Marchands (Triq il-Merkanti) à La Valette. Le palais fut repris à la famille Coen en 1778 par le Grand Maître Francisco Ximenes de Texada en échange d’une rente. La Bibliothèque du Musée National possède le Distinto’ Ragguaglio della temeraria sedizione ordita l’anno 1749 contro’ l’Isola di Malta da Mustafa prima Bassa di Rodi ed ora schiavo in quella [traduction : le compte-rendu détaillé de la sédition téméraire ourdie en l’an 1749 par Mustapha premier Bâcha de Rhodes contre l’Ile de Malte et qui s’y trouve à présent esclave].

Un comédien de Lombardie, Pietro Adolfati, écrivit une tragédie à partir de cet évènement : La conjuration de Mustafa Bassa de Rhodes contre les Chevaliers maltais ou Les Gloires de Malte en 1779. J’en proposerai une traduction en français. Joseph Coen eut-il connaissance qu’une pièce de théâtre fut écrite à propos de la Conspiration des Esclaves de Malte ? La pièce fut-elle jouée d’ailleurs ? En Lombardie peut-être, mais à Malte ?

Je mets en regard de ce paragraphe, ces quelques annotations d’Alain Blondy sur Antoine Favray (Société de l’Histoire et du Patrimoine de l’Ordre de Malte, n°19, 2007, p. 60) :…

 

 

 

____
Monte di Pietà e Redenzione

L’édifice construit au XVIe, qui abrita le siège de l’Università, fut remodelé au siècle suivant.
En 1721, les « giurati » s’installèrent en face, dans la nouvelle Banca Giuratale.
Les locaux du n° 46 eurent plusieurs affectations, simultanément parfois, et l’on y installa une institution pour les « nécessiteux »…
A l’origine existaient des similitudes entre ces deux façades, mais le destin de ce bâtiment-ci fut très différent. Sur celle-ci, ni buste princier, ni drapé. Monte di Pietà e Redenzione

A l’origine, bureau de vente des biens de Chevaliers décédés et bureau de collecte de fonds pour la rédemption d’esclaves. D’où sa dénomination de Monte della Redenzione de Schiavi.

Mi-XVIIIe, l’édifice aurait été confié à la communauté juive par le Grand Maître Pinto da Fonseca, puis il revint dans le giron de l’Ordre.
En 1773 (MDCCLXXIII,date inscrite au-dessus de la porte), le bâtiment accueillit le mont-de-piété (fondé fin XVIe pour mettre fin aux prêts à taux excessif, aux esclaves et aux juifs).

Durant l’occupation française, Bonaparte prit un arrêté qui l’autorisait à disposer des biens déposés, « … en exceptant toutefois ce qui appartenait aux pauvres, aux proches parents des Maltais partis pour l’Egypte… ».
Sous l’Administration britannique, l’endroit conserva son rôle de mont-de-piété.
A présent, pour comble, cette « banque de charité » cohabite avec… le Ministère du Revenu !