En 1565, « les Chevaliers font renoncer les Turcs »

Article Valeurs Actuelles.

18 mai 1565. Une flotte de 180 navires apparaît à l’horizon des petites îles au sud de la Sicile. Alors que le Grand Siège commence, toute l’Europe en est convaincue : l’archipel va tomber aux mains des Turcs.

Les deux hommes qui vont s’affronter au cours de ces quatre mois de siège se connaissent de longue date : côté chrétienté, Jean Parisot de La Valette (ou Jean de Valette), grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, a ramé sur les galères de son ennemi, Dragut, le champion de l’islam, avant d’être libéré contre une rançon de 3 000 couronnes payée par sa famille. Mais ce Dragut Reis, grand marin et corsaire turc, a été galérien lui aussi pendant toute une année sur un des vaisseaux de l’Ordre. Le fait que ces deux hommes puissent se parler aussi bien en grec qu’en turc ne diminue en rien la haine qu’ils se vouent. Ils savent que le combat qui s’engage sera sans merci. Malte est plus qu’un enjeu militaire, c’est le verrou de la Méditerranée, la place forte qui protège l’ensemble du monde chrétien.

Situé à 100 kilomètres de la Sicile et à 300 kilomètres des côtes tunisiennes, l’archipel sépare en deux le bassin méditerranéen. À l’ouest, la chrétienté déchirée par les guerres de Religion entre catholiques et protestants, où le pape peine à se faire entendre. À l’est, le monde musulman, dominé par les Turcs. L’enjeu est la domination de l’Europe, grignotée peu à peu sur son flanc oriental depuis le milieu du XIVe siècle. Pour cette lutte à mort, l’empereur Charles Quint s’est choisi une garde exceptionnelle : les chevaliers de l’Hôpital (futurs chevaliers de Malte). Guerriers au service des pèlerins partis pour la Terre sainte, ils sont à la fois moines et soldats. Chassés de Saint-Jean-d’Acre en 1291, puis de Rhodes, où ils avaient trouvé refuge, en 1522, ils prennent possession de Malte, Gozo, Comino et Tripoli en Libye, en 1530. En contrepartie, Charles Quint ne leur demande que de lui offrir chaque année un faucon élevé pour la chasse. Tribut symbolique puisqu’en recevant l’archipel, les chevaliers acceptent également la mission de sauvegarde de la chrétienté.

C’est en 1557 que celui qui donnera son nom à la capitale de l’île est devenu grand maître : Jean de La Valette est un gentilhomme du Rouergue. Ses parents, fervents catholiques, ont souhaité offrir un de leurs fils à l’ordre des chevaliers de l’Hôpital. Parmi les quatre garçons, Jean est à la fois très vaillant et très pieux. Colosse de 1,80 mètre — les hommes grands sont rares à cette époque —, il aime autant la chasse que la prière. À 18 ans, il prononce ses voeux : obéissance, chasteté, charité, « défense de l’Église sans jamais abaisser la bannière, demander quartier, reculer ou se rendre »… Immédiatement et malgré la charge de prieur de Saint-Gilles, il émet le souhait de rejoindre les frères sur l’île de Rhodes aux prises avec les Ottomans. Son souhait est rapidement exaucé. Sa force fait merveille pour manier la lourde épée à deux mains…Lire la suite… – (Article Valeurs Actuelles de Février 2015)

Source :

Jean Parisot de La Valette, de Jacques Tambon, Éditions du Sagittaire, 10 €. Histoire de l’ordre de Malte, de Bertrand Galimard Flavigny, Perrin, 336 pages, 22,50 €.