Chevaliers – Langues, auberges et chapelles

Complément au guide pp. XXX – REVERIFIER LE TOUT

Les Langues des Chevaliers

Créées au début XIVe siècle : « De nouveaux Chevaliers de toute l’Europe affluèrent à Rhodes et il fut naturel qu’ils se réunissent avec ceux parlant la même langue et ayant les mêmes traditions. Le Chapitre général de l’Ordre, réuni à Montpellier en 1319, décida de regrouper les hospitaliers par entités correspondantes à des zones linguistiques homogènes, les dites «Langues». … Ces Langues n’étaient pas calquées sur les États-nations modernes, mais les systèmes linguistiques et nationaux de l’Europe occidentale. » – Extrait du site officiel de l’Ordre de Malte

Sont également prises en considération dans ces regroupements, les possessions domaniales (grand prieuré, prieuré, commanderie, bailliage…). Au moment où l’Ordre s’établit à Rhodes, ces possessions et leurs revenus lui permirent de financer la défense de sa base et l’entretien de sa flotte en Méditerranée.

Sept Langues ou huit Langues ?

  • A l’origine, sept Langues : France, Auvergne, Provence, Italie, Angleterre (Ecosse et Irlande), Aragon (et Navarre), Allemagne. Les Chevaliers de langue française représentaient environ les deux tiers de l’Ordre. Ils étaient répartis en trois « Langues » : France, Auvergne, Provence.
  • Une huitième Langue, Castille & Portugal – Après une réorganisation en 1462, la Langue de Castille est détachée de celle d’Aragon (la Langue d’Aragon conservera les Grands Prieurés d’Aragon, Catalogne et Navarre ; la Langue de Castille ceux de Castille, Leon et Portugal).
  • Le cas spécifique de la Langue d’Angleterre – Au moment de la Réforme du roi Henry VIII d’Angleterre (entre 1534 et 1540), les propriétés de l’Ordre en Angleterre furent confisquées et les monastères dissous. L’Angleterre rompit avec l’Eglise catholique et l’autorité papale. Par suite, la Langue d’Angleterre s’en trouva très diminuée et pratiquement réduite à néant. Lors de la création de La Valette, en 1566, la Langue d’Angleterre est pour ainsi dire inexistante (l’Ordre avait cependant réservé un endroit pour une éventuelle Auberge). Fin XVIIIe, la Langue d’Angleterre, reconstituée, est réadmise dans l’Ordre. En 1783, le roi George III de Hanovre, roi d’Angleterre, consentit à la création d’une langue commune aux Chevaliers de Langue d’Angleterre et de Langue de Bavière (chacune de ces langues ne pouvait se suffire financièrement à elle-même). Cette Langue fut instituée l’année suivante sous le grand magistère d’Emmanuel de Rohan Polduc. Un lieu d’hébergement lui sera accordé ; qui constituera la huitième Auberge de Langue de La Valette

Ce regroupement en Langues subsista jusqu’à la fin du XVIIIe siècle : il cessera après l’expulsion de l’Ordre de l’archipel maltais, en 1798.

Dans l’organisation hiérarchique de l’Ordre, chaque Langue était représentée dans les instances conventuelles : le couvent (église, hôpital…) par un Chevalier appelé Pilier. Lui incombait également la responsabilité du lieu de résidence communautaire de ses Chevaliers.

Les Auberges de Langue

Les Chevaliers, à l’origine frères-moines, vivaient en confraternité. L’Auberge était un hébergement conventuel et communautaire de Chevaliers d’une même Langue. Les jeunes Chevaliers hébergés* devaient se soumettre à des règles (prise de repas en commun au moins quatre fois par semaine, servir à l’hôpital une fois par semaine, se rendre à l’office religieux…). Le modèle d’hébergement déjà pratiqué à Rhodes fut maintenu à l’arrivée à Malte. Le financement de la construction et du fonctionnement de l’Auberge revenait à chaque Langue.
* Les plus âgés vivaient à l’extérieur de celle-ci.

L’Auberge était aussi un lieu d’accueil de pèlerins et de personnalités éminentes. Des salles de réception, de réunion et des chambres leur étaient réservées.

Vie monastique et chapelles de Langue

La religion jouait un rôle essentiel dans la vie quotidienne de ces Chevaliers moines-hospitaliers, qui ont tous fait vœu de chasteté, obéissance et pauvreté. Ils devaient assister régulièrement aux offices religieux, faire abstinence… Attenante ou à proximité de chaque Auberge existait une Chapelle de Langue.

___________________________________________________________________________________________

Les Auberges de La Valette

La distribution des Auberges dans La Valette était fonction à la fois de la portion de fortification dont la Langue devait assurer la défense et de la proximité du centre conventuel : église St-Jean, palais du Grand Maître…

D’après les informations recueillies grâce aux Archives de l’Ordre, on peut presque assurer que la conception de toutes les Auberges de La Valette a été confiée au successeur de l’architecte
Francesco Laparelli : le Maltais Girolamo Cassar. Il reste cependant difficile de connaître exactement leurs dates : décision, conception, début et fin des travaux.

A l’origine, pour chaque Auberge, un plan très sobre, dans le style maniériste de l’époque : une façade simple et des angles rustiques avec bossages ; un seul étage. Généralement, comme cela se faisait en Italie à cette époque : une construction rectangulaire, autour d’une vaste cour et parfois une place ouverte au devant de l’édifice.

Les victoires de l’Ordre (Grand Siège en 1565, Bataille de Lépante en 1571…) ont suscité des vocations.
Le nombre de chevaliers croissant, les Auberges furent agrandies. Les Langues rivalisèrent entre elles pour réaliser la plus belle des Auberges, dans le style baroque contemporain.

Les Auberges que vous pourrez voir sont donc bien loin de celles d’origine. Elles ont presque toutes subi de nombreux et significatifs remaniements, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Sur les sept Auberges de La Valette, il n’en reste que cinq ; l’histoire n’a pas permis aux autres de subsister.